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L’art de la gravure

C’est à partir du XVe siècle que la gravure est utilisée en Europe comme moyen d’expression artistique. La diffusion de l’imprimerie et en particulier de l’image gravée est alors une véritable révolution. Toutes les images médiévales ou presque étaient polychromes ; la majorité des images modernes sont désormais en noir et blanc. Les couleurs sont traduites en traits et en points. On apprécie alors la qualité d’un graveur par sa capacité à rendre la lumière (clair-obscur), le volume, les valeurs, la matière. Avec Dürer, la gravure atteint au grand art. L’œuvre gravée offre cependant une spécificité : celle d’original multiple.

On distingue deux grands procédés de gravure :

  • la gravure en taille d’épargne : le graveur évide la matière autour du dessin pour faire apparaître le motif en relief.
  • la gravure en taille-douce : le dessin est réalisé en creux sur une plaque métallique (généralement du cuivre).

Plusieurs moyens existent pour entamer le métal : le burin (outil des orfèvres), la pointe sèche, l’eau-forte (acide).

Les planches de l’Apocalypse d’Albrecht Dürer et celles de Frédéric Voisin sont réalisées en taille d’épargne.

Pour cette série, Albrecht Dürer a choisi la xylographie (gravure sur bois). C’est la technique la plus ancienne, utilisée dès l’Antiquité pour l’impression des étoffes. La matrice est une tablette de bois dur (poirier, cerisier ou buis) taillée « dans le fil » c’est-à-dire dans le sens des fibres. Contrairement à ce qu’affirmait l’historien d’art Erwin Panofsky, on pense aujourd’hui que Dürer n’a pas gravé lui-même les planches de bois mais, comme le voulait la pratique du temps, a fait appel à des spécialistes appelés Formschneider. Par contre, ayant reçu une formation d’orfèvre auprès de son père, il semblerait que Dürer ait manié lui-même le burin pour ses gravures sur métal.

Frédéric Voisin, quant à lui, a travaillé à partir d’une plaque de linoléum (linogravure). C’est vers 1900 que ce matériau est détourné pour la gravure. Matisse ou encore Picasso comptent parmi ses utilisateurs les plus célèbres. Souple, le linoléum est facile à tailler par l’artiste lui-même. Frédéric Voisin a travaillé en cinq étapes : dessin au crayon sur la planche de linoléum, définition des noirs et des blancs à l’aide d’un marqueur, évidage des blancs avec une gouge, impression sur papier, colorisation à l’encre. Les planches couleur sont effet colorisées à la main après impression et sont donc des exemplaires uniques.

Amélie Beaujouan.
Responsable scientifique de collections

Frédéric Voisin