logo

Textes sur l'Apocalypse

Monique Blanc

L’Enfer au Moyen Âge

L’Enfer à l’époque romane À l’aube du Moyen Âge, à la suite des folies entourant le changement de millénaire, lorsque le retour du Christ parut à nouveau très proche, tous semblèrent possédés du désir de rédemption et rejetèrent le monde d’ici-bas. Au terme de ce premier millénaire depuis la naissance du Christ, l’incertitude et l’angoisse affectaient tous les hommes. L’image de la catastrophe finale adhérait fortement aux mentalités. Le problème qui se posait  aux clercs comme aux laïques était de savoir quand aura lieu le grand écroulement, cette fin des temps à laquelle on croyait tant, avec inquiétude et angoisse. L’Apocalypse semblait donner la réponse « lorsque mille ans seront consommés… ». [...]

Patrick Demouy

Héritage

« Nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants. Nous voyons ainsi d’avantage et plus loin qu’eux, non parce que notre vue est plus aiguë ou notre taille plus haute, mais parce qu’ils nous portent en l’air et nous élèvent de toute leur hauteur gigantesque ». Cette métaphore de Bernard de Chartres, un confrère de XIIème siècle, m’est venue immédiatement à l’esprit quand je suis rentré dans l’atelier de Frédéric Voisin. La façon dont il nous donne à voir l’Apocalypse repose sur des années de recherche et des siècles de créations, de Beatus à Dürer.

Beatus de Lièbana est un moine des Asturies qui a écrit à la fin du VIIIème siècle un commentaire de l’Apocalypse dont la traduction visuelle, élaborée dans le milieu culturel mozarabe, a connu une grande diffusion jusqu’au XIIème. De nombreux manuscrits – aux auteurs anonymes – ont conservé des figures schématisées enluminées d’aplats de couleurs vives, se détachant de larges bandes rouges et jaunes. C’est une véritable mise en lumière dans tous les sens du terme. L’agneau tenant la croix comme un étendard est promesse de victoire en ces temps de reconquista ; les images expriment certitude et sérénité.

Christian Noorbergen

Frédéric Voisin, ses gravures d’Apocalypse

L’infernale maîtrise de Frédéric Voisin, quand il consacre ses fortes gravures à l’univers de Dürer, l’approche à grands traits d’art du paradis inouï de l’Apocalypse. Les extrêmes et les contraires le construisent et le fascinent : la modernité la plus pointue et les maîtres d’hier. Les plus implacables et les plus insidieux labyrinthes formels, et la décantation chromatique la plus tendue. La proximité du macabre et de la farce transgressive. Les cendres de l’opacité et la brûlure des surgissements. L’irruption du fantasme et l’intemporalité des créatures mythiques. L’art est l’épreuve des contraires…

Frédéric Voisin tient ferme les rênes de la création, mais il ose lâcher les loups… Les facilités de l’ego ne déborde pas, quand même les tressaillements de l’intimité couvent à jamais sous les apparences à miroirs et à miracles de Dürer.